QUAND META EFFACE HUIT ANNÉES DE TRAVAIL EN UNE SECONDE
- 30 juin
- 3 min de lecture

Le jour où tout a disparu : QUAND META EFFACE HUIT ANNÉES DE TRAVAIL EN UNE SECONDE
Le 28 juin 2026 restera une date que je n'oublierai jamais. Comme chaque matin, j'ai ouvert Instagram avec ce geste devenu presque automatique : consulter mes messages, répondre aux notifications et découvrir les réactions aux images publiées les jours précédents. Depuis huit ans, cette routine faisait partie intégrante de mon quotidien d'artiste.
Mais ce matin-là, tout s'est arrêté.
À la place de mon compte, un message de Meta m'informait que celui-ci avait été définitivement supprimé au motif que mon travail enfreignait les règles de la communauté. En quelques secondes, huit années de présence en ligne venaient de disparaître. Plus de 10 000 abonnés, des centaines de publications, des conversations avec des galeristes, des collectionneurs, des journalistes, des clients ou encore des artistes rencontrés aux quatre coins du monde. Tout avait été effacé sans véritable explication.
Pendant plusieurs minutes, j'ai pensé à une erreur. J'ai tenté de me reconnecter, cherché un moyen de comprendre, espéré qu'il s'agissait d'un bug. Mais très vite, il est devenu évident que je ne récupérerais probablement jamais ce compte qui m'avait accompagné pendant une grande partie de ma carrière.
Au-delà de la frustration, c'est une question qui s'est imposée à moi : comment un artiste peut-il voir disparaître en un instant huit années de travail sans qu'aucun véritable dialogue ne soit possible ?
Instagram est devenu bien plus qu'un réseau social
On entend souvent dire qu'il ne faut pas dépendre des réseaux sociaux. Sur le principe, c'est vrai. Pourtant, la réalité est bien différente. Pour de nombreux photographes, illustrateurs, peintres ou vidéastes, Instagram est progressivement devenu le portfolio du XXIᵉ siècle.
Au fil des années, cette plateforme m'a permis de faire connaître mon travail bien au-delà des frontières françaises. Des magazines ont découvert mes images grâce à une simple publication. Des galeries m'ont contacté pour participer à des expositions. Des collectionneurs ont acheté mes tirages sans nous être jamais rencontrés. Certains projets sont même nés d'une simple conversation dans les messages privés.
Ce compte n'était donc pas seulement un fil d'actualité rempli de photographies. Il représentait des années de rencontres, de confiance et d'opportunités professionnelles. Lorsqu'il a disparu, ce n'est pas uniquement une galerie d'images qui s'est effacée, mais tout un réseau construit patiemment au fil du temps.
C'est peut-être ce que beaucoup de personnes extérieures au monde artistique ont du mal à mesurer. Aujourd'hui, la visibilité d'un artiste ne se construit plus seulement dans les galeries ou les livres. Elle passe aussi par le numérique. Et lorsque cette vitrine disparaît, c'est une partie de son activité qui disparaît avec elle.
Pourquoi mon travail a-t-il été supprimé ?
À ce jour, je ne connais toujours pas précisément la raison de cette suppression. Meta évoque une violation des règles de la communauté, sans jamais indiquer quelles images seraient concernées ni ce qui aurait réellement motivé cette décision.
Mon travail explore depuis toujours les archétypes contemporains, le désir, la solitude et les représentations du corps masculin. Mes photographies sont entièrement mises en scène. Je construis moi-même les décors, travaille avec des éclairages continus comme au cinéma et compose chaque image comme une fiction autonome. Rien n'est improvisé et rien n'est pensé dans une logique de provocation gratuite.
Pourtant, il semble qu'aujourd'hui certaines représentations du corps ou du désir soient devenues particulièrement sensibles aux yeux des plateformes. C'est une situation qui interroge. Où s'arrête la modération nécessaire et où commence la censure d'une démarche artistique ?
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